B Corp: Comment fonctionne ce label qui séduit de plus en plus d’entreprises?

Le label B Corp certifiant l’impact positif des sociétés sur tout leur écosystème, n’en finit plus de séduire les entreprises françaises. Ce label importé des Etats-Unis s’impose comme une référence incontournable des entreprises engagées. 

Actuellement, 170 entreprises françaises sont certifiées B Corp, pour 10 milliards de chiffre d’affaires cumulé; 220 ont déposé un dossier et sont en attente d’une réponse.

Vous l’avez peut-être déjà rencontré sur une vitrine, un sac de shopping, ou un site de vente en ligne, le B noir de B Corp. Ce label à impact exigeant prend de plus en plus d’ampleur en France, dopé par la certification de nombreuses filiales du géant Danone, et le nombre de dossiers déposés explose. 

B Corp a été créé aux Etats-Unis en 2006 par trois fondateurs, persuadés que les affaires pouvaient être au service du bien commun. 

Arrivé au Royaume-Uni en 2010, B Corp a débarqué en France en 2014, avec la première entreprise hexagonale certifiée: le cabinet de conseil Utopies, qui a ensuite passé la main de l’animation du label à B lab France en 2019.

Un référentiel exhaustif 

C’est là tout l’intérêt pour les entrepreneurs qui se lancent dans l’aventure. B Corp met d’abord à disposition un outil de mesure d’impact gratuit, sous forme d’un questionnaire en ligne organisé en cinq piliers: gouvernance, collaborateurs, collectivité, environnement, et clients. Le tout adapté en fonction du secteur et de la taille de la société. Une fois les réponses complétées, l’entreprise obtient un score. Si elle a plus de 80 points, elle peut déposer son dossier. 

S’ouvre alors une phase d’audit. Toutes les réponses aux questions doivent être accompagnées d’un document justificatif qui sera étudié par les analystes européens de l’ONG B Corp. Ceux-ci commencent par regarder si le modèle d’affaires de l’entreprise est à impact. Ensuite, survient la phase des questions opérationnelles. Là, certains points du questionnaire sont inspectés au hasard, mais toutes les questions qui rapporteraient plus d’un point à l’entreprise sont vérifiées. 

Enfin, le processus se termine par un entretien de l’entreprise par les auditeurs, voire par une visite du site.  Dans le cadre d’une recertification (tous les trois ans), 10% des entreprises sont visitées aléatoirement. 

L’accès à l’outil de mesure d’impact est gratuit et illimité, il faut ensuite verser 250 euros pour déposer son dossier, puis en cas de certification, des frais annuels « d’adhésion au mouvement », qui démarrent à 1.000 euros pour les entreprises avec un chiffre d’affaires inférieur à 150.000 euros.

Label anti green-washing 

Et c’est là tout l’esprit du label: être un outil d’amélioration continue. L’obtention de la certification n’est que le début du processus. Car pour la conserver, il faut progresser. A la recertification, une entreprise perd souvent entre 10 et 20 points, car le questionnaire est revu tous les trois ans pour devenir plus exigeant. Par exemple, la fondation de Nature et Découvertes lui a rapporté 26 points la première année, mais 17 seulement trois ans plus tard, témoigne Fanny Auger, directrice de la marque, pour qui B Corp permet de cartographier l’état de son avancement, de « se poser les bonnes questions, et de découvrir des pistes d’amélioration.

Sur les 50.000 entreprises qui utilisent l’outil gratuit de mesure d’impact dans le monde, la moyenne du score est aux alentours de 50 points, là où il en faut un minimum de 80 pour obtenir le tampon. 

Embouteillages des dossiers 

Car B Corp plaît de plus en plus. Depuis 2015, 170 entreprises ont été certifiées en France (près de 4.400 dans le monde), représentant 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, et 10.000 utilisent le questionnaire gratuit, mais 220 sont actuellement en attente d’un verdict; il faut en moyenne 12 mois pour obtenir une réponse.

Résultat, un léger embouteillage au niveau de l’audit. Le référentiel et l’audit sont gérées par une entité distincte des B lab au sein de l’ONG B corp: le Standards trust. Basés à Amsterdam pour l’Europe, ses analystes sont une petite cinquantaine. C’est long de former des gens, et il n’est pas question de brader la certification. Il faut que le niveau d’exigence reste le même, malgré le succès. Dans une société où tout s’accélère, on n’est pas au supermarché du label. C’est du temps à exploiter pour progresser, pas du temps perdu.

Allier B Corp et société à mission

Seule ombre au tableau de cette certification: la question de la pondération. Il est en théorie possible d’être très bon dans l’un des piliers, et très mauvais dans un autre, du moment que le score final dépasse 80. « La pondération est un sujet, et B Corp le sait. Il n’existe pas de point rédhibitoire. Vous pouvez par exemple produire des énergies renouvelables, donc gagner beaucoup de points sur l’environnement, mais avoir des pratiques sociales discutables. Mais ce point est amené à évoluer dans les versions à venir, veut croire la fondatrice d’Utopies. Il pourrait y avoir un niveau minimum requis dans chaque pilier. » En attendant, B Corp reste un outil efficace. 

Quid alors de la société à mission? L’un n’empêche pas l’autre. B Corp demande des preuves d’engagements déjà mis en œuvre, là où la société à mission est une promesse sur l’avenir (plus facile à mettre en place rapidement). B Corp récompense d’ailleurs les sociétés à mission, et demande à ses entreprises de modifier leurs statuts pour intégrer a minima une raison d’être à impact positif pour l’ensemble des parties prenantes. 

 

Source : Challenges